Les conduits auditifs de celles et ceux pour qui le nom de METZ est associé à autre chose qu’une paisible ville de Moselle ne le savent que trop bien: ce groupe-là n’a besoin de personne pour faire du bon gros bruit. En effet, en deux albums pour Sub Pop, le trio canadien s’est taillé une sacrée réputation, toujours soutenue par des albums qui le voyaient démontrer avec pertes et fracas que le noise rock peut être incroyablement mélodique et qu’on peut encore revendiquer un fort héritage grunge dans les années 2010 sans passer pour des pilleurs de tombe.

Besoin de personne donc. Enfin, sauf quand la possibilité d’aller faire un petit tour du côté des studios d’un certain Steve Albini se présente. On sait que le gourou de Chicago ne propose pas ses services à des enculeurs de mouches, et ça tombe plutôt bien: ce n’est pas non plus une discipline dans laquelle excelle le groupe de Toronto – là où il fait montre d’une totale générosité niveau distribution de mandales. En gros, il n’aura fallu que quatre jours au groupe pour enregistrer « live to tape » 14 nouvelles compositions, dont onze se sont au final retrouvées sur Strange Peace.

Et le résultat? Une impeccable B.O. de l’actuelle sinistrose ambiante, ‘straight to the fuckin’ point’. On avait déjà pu observer combien les mecs visaient le foie sur leurs deux premiers albums, mais on aurait pu penser que cette formule allait bien finir par s’essouffler un jour. Mais en passant par la case des Electrical Studios, le groupe se voit offrir la possibilité de proposer quelque chose de neuf, de mettre différemment en lumière les différents ingrédients qui composent sa formule. Et très clairement, on sent que Steve Albini y est pour quelque chose dans cette légère mue, qu’il règle les presets de sa console sur le mode In Utero sur la quasi intégralité du disque (ce son de batterie à la profondeur folle), ou qu’il reproduise avec METZ le genre folie contrôlée qu’il avait été capable de déclencher sur le Attack On Memory des Cloud Nothings – c’est particulièrement frappant sur « Raw Materials », long morceau de clôture dont la structure en montagnes ruses ressemble à s’y méprendre à celles de l’incroyable « Wasted Days ».

Face à un disque qui tape dans la trentaine de minutes et n’offre pas le moindre répit, il n’y a d’autre solution que de subir l’expérience, de se ramasser les riffs lourds, les éructations rauques et les coups de butoir rythmique en attendant que ça passe. Mais on vous rassure tout de suite: y’a vraiment pire comme supplice.

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